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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 13:52

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Le  Sanglier  de  l’Auvière

 

  

Début septembre, un grand champ de vignes

bordé d’oliviers au pied d’une colline.

Des chênes verts.

Des chênes blancs.

Les feuilles de vignes aux pourtours  mordorés

frémissent sous le petit mistral.

Lieu dit l’Auvière, terre sèche,

pierreuse, jaunie sur fond de ciel bleu.

Ce matin la rosée perle sur les feuilles.

Une légère brume, il fait froid.

Les vendanges n’ont pas commencé,

des grappes rouges pendent, telles des bijoux,

remplies de jus sucré par le soleil.

Cette nuit, le champ a été labouré en boutis

par quatre pieds aux ongles durs.

Un groin a fouillé le sol des sillons    

et par endroits, quelques restes  

de grappes écrasées et sanguinolentes.

 



Midi,  la rosée matinale a disparu.

 

L’air, chauffé par le soleil est pur.

 

Comme chaque jour le papé Guy, sur son vieux vélo,

 

fait la tournée des vignes,

 

surveillant le degré d’alcool

 

du jus des raisins avant la vendange.

 

Une pie s’échappe du champ de vignes.

 

Le papé descend de son vélo,

 

l’appuie sur le tronc d’un vieil olivier

 

La pie a prévenu !

 

Le sanglier est passé à l’Auvière.

 

La chasse est ouverte depuis quelques jours.

 

Encore un solitaire ! pense Guy en se penchant

 

sur les traces encore fraîches.

 

Au sommet de la colline, sous les chênes,



le sanglier solitaire dort,

 

caché par un muret de pierres

 

protégeant un lit de broussailles sèches et odorantes.

 

Depuis l’an dernier il a découvert l’Auvière.

 

Terre de nourriture où l’homme ennemi

 

est occupé aux tâches vigneronnes.

 

Les chiens courants ne flairent pas son refuge

 

car le vent éloigne ses odeurs.

 

Malgré sa masse imposante

 

il réussit à ne pas être vu.

 

Ses yeux noirs et ses narines frémissantes

 

savent repérer l’approche des prédateurs.

 

Papé Guy n’est pas surpris

 

des trous sur ses terres.

 

Il sait qu’à chaque approche de l’automne

 

il découvre les traces d’une présence animale.

 

Son envie est forte de décrocher son fusil

 

et au matin, d’attendre le passage du sanglier.

 

Mais, cette fois, il veut l’observer en train de



descendre de la colline, renifler, gratter le sol,

 

entendre ses pas, son grognement et le bruit de

 

la terre soulevée par ses deux défenses acérées.

 

Cette nuit, pense-t-il,

 

la lune éclairera les rangs de vignes

 

sans trop faire d’ombres.

 

 

Plus loin, sur une autre colline, au sud,

 

le château de La Verdière  forme un décor irréel,

 

la scène d’un  théâtre où la vie est en cause,

 

son bien, et où l’animal sauvage, soucieux

 

de sa survie ne fait pas de différence

 

entre les bois de chênes et les champs de vignes.

 

Tout lui appartient de naissance

 

et si la vigne est bonne, les plantes des collines aussi.

 

La nuit tombe lentement.

 

Les sauterelles ne chantent plus.

 

L’air chaud sent le thym et le romarin.

 

Papé Guy a fermé la porte du cabanon

 

placé face au champ de vignes.

 

Un petit «  fenestron » permet d’observer.

 

Jaune, la lune envoie une lumière froide.

 

L’air se rafraîchit vite.

 

Le sanglier ne passera dans les vignes

 

qu’au petit matin. Le papé Guy s’endort,

 

assis, face au champ à l’intérieur du cabanon.

 

 

En haut de la colline, le sanglier de l’Auvière,

 

depuis le lever de la lune,

 

commence sa quête de  nourriture.

 

Sa masse lourde ondule avec agilité autour des arbres,

 

ses pieds s’appuient délicatement

 

sur les pierres instables.

 

Il descend doucement vers les vignes

 

La lune éclaire maintenant les  murs  du château.

 

Un rayon traverse le cabanon et tombe

 

sur le visage endormi du papé.

 

Il ne lui faut pas longtemps pour  se réveiller.

 

Et là !  entre deux rangées de vignes,

 

une masse sombre frôle les feuilles,

 

fouille le rang et mord les grappes sans distinction.

 

Les yeux du papé Guy brillent sous la lune.

 

Le sanglier de l’Auvière avance hors des rangs.

 

Son corps brille sous les rayons de lune.

 

Il redresse la tête.

 

Ses yeux petits et protégés par des paupières

 

sombres discernent  dans le cabanon le regard du

 

 papé. Prêtes à fuir, ses jambes courtes

 

 se raidissent . Rien ne bouge.

 

Le papé hypnotisé ne cligne pas des yeux.

 

Là, à deux mètres, le sanglier de l’Auvière

 

Le regarde.

 

Quel bel animal pense-t-il !

 

Il me détruit quelques grappes de vignes

 

mais j’ai besoin de le voir vivant.

 

Il me montre que je ne suis pas seul

 

à bénéficier de cette nature.

 

 

Le sanglier de l’Auvière hésite.

 

Il connaît  le bruit des hommes,

 

la détonation et les cris des chiens !

 

Mais là ! rien.

 

Rien que ce regard porté vers lui

 

sans haine.

 

 

Pardon l’homme de manger tes grappes

 

mais je le dois pour survivre.

 

Le papé ferme les yeux.

 

 

Le sanglier de l’Auviére se retourne et

 

dans une course rapide rejoint

 

sa colline et les bois de chênes.



 

 

                                                                                    FIN 

 

 

     ( la copie ou l'utilisation de ce texte est interdite sans l'autorisation de l'auteur)     

 

 



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jean pierre duvialard - dans littérature
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