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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 13:19
Saci ou comment faire  de rien

chacun s'y prend à décrire ma figure

le chasseur m'a traqué dans les bois

la bonne mère dans son plat

l'enfant malin sous les draps

alors toi l'ami peintre

et toi aussi qui veut chanter

vas si tu veux de la main de la voix

inventer mes allures

et d'autres aventures

encore toujours ce sera moi

les premiers qui m'appelèrent

sont les contes tupis

quand leur venait le bruit comme ça qui fait

sa ci sa ci dans les arbres

alors va quel effroi

les enfants se blottissent

les genoux en frémissent

on brûlait feuilles on faisait voeu

saci dit-on mange le feu

on en disait bien d'autres

qu'un homme avait deux fils

bien beaux forts qu'on enviait

qu'un oncle mena loin

les enivra tua laissa là

leur chagrin plus rien qu'errant

l'un en saci l'autre en oiseau

pour le malheur des gens

ils m'ont cru voir gamin à queue de bête

courir les bois et m'enfuir à tue-tête

ouh ouh l'enfant c'est toi

qui n'as pas d'âge

et que le trouble agace

mais prends soin de ceci

que le saci parti plus rien n'a de grâce

quand on voit fille pâle

dit-on sur la route et sans malle

c'est d'un amour pour moi qu'elle languit

mais comment qu'en ferais-je

moi qui n'ai rien ni nom ni aucune intention

et qui cours tout mon saoul après les papillons

puis un jour ils m'ont vu au creux d'un

tourbillon

sur une seule jambe facétieux négrillon

d'ailleurs à quoi bon l'autre jambe

à qui va comme la toupie tout vif et tout en rond

on dit que c'est maître cruel qui l'ôta

pour me tenir en chaîne

d'autres que c'est en luttant

je la perdis sur le champ

mais tous me reconnaissent au bonnet

vermillon de travers sur la tête

en chaque main trois doigts plus un trou

et partout sortilèges que j'envoie sur les bêtes

pour me tenir regardez les malins

tendent des fils où vont droit les chemins

lancent chiffon sur les poussières

j'y suis c'est fait on me garde en bouteille

car sous le capuchon dit-on je veille

à l'art de vos remèdes

aussi celui qui va pour prendre

les plantes et les secrets et ce qu'il faut en faire

souffre ma colère ou fait de moi son frère

je remue tout

crache dans les plats renverse sel

siffle comme rien que vent méchant

laisse fenêtres toutes ouvertes

et le lait tourne et le pain brûle

les mouches dans la soupe

les moustiques et les puces

c'est moi c'est moi

et le cheval hors de l'enclos

qui s'en va vite tout au galop

rien que rumeur et que grelots

et j'insiste et je dure

à tracasser la vie des gens

soixante dix-sept ans

en guise de fin me voilà champignon

de moi ne reste rien plus que le poison

on se rassure en rappelant que j'ignore

par où le gué à travers les ruisseaux

mais pensez donc j'habite les eaux

de vos songes qui font un peuple

de sacis réunis chaque nuit

pour s'accroître et confondre


ainsi j'ai gagné les villes et chaque maison

à travers les inventions de vos télévisions

je réjouis paraît-il il vaut mieux que faire peur

avec des farces et des malices

qui apaisent les désirs de vos longues révoltes


attendez donc le jour quand vous serez dehors

car jamais le saci ça on sait ne s'endort

Belem - brésil - septembre 2009

auteur : François DUVIALARD

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cordel-jean pierre duvialard - dans littérature
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